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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 18:12

Suite à l’invitation de Jacques Brodeur, nous nous sommes rendues à Paris, ce samedi 5 mai 2018. Nous avions rendez-vous, dès 9h, dans la salle des fêtes de la mairie du XIXème arrondissement de Paris pour participer au 3ème Colloque Alerte écran.

Ce colloque était organisé par l'association ALERTE et EDUPAX.

L’adjointe au maire a ouvert le colloque en rappelant que c’était la 3ème année consécutive que la ville accueillait le Colloque et qu’ils étaient de plus en plus convaincus de l’importance de traiter ce sujet.

Linda Pagani, infirmière de formation initiale et psychologue, professeure de l’école de psychoéducation à l’Université de Montréal, chercheuse au Centre de Recherche du CHU mère-enfant Sainte-Justine au Canada, est intervenue sur le thème « La télé et l’enfant en bas âge – la montagne accouche d’une souris ou d’une boule de neige ? ».

Elle a rappelé les lignes directrices nord américaine en matière de temps d’exposition aux écrans puis elle a présenté les résultats de son étude visant à étudier l’impact psychosocial d’une surexposition aux écrans (plus de 6h de TV par jour) dans la petite enfance.

Son étude longitudinale vise à suivre une très grande cohorte d’enfants, surexposés à la télévision en 1997, alors âgés de 29 mois. Elle met en lumière les risques de suivre une trajectoire développementale impactée au niveau biologique (alimentation, éducation physique….), cognitif et social (victimisation, engagement scolaire…). Ces risques augmentent proportionnellement au temps d’exposition à la télévision des très jeunes enfants.

Rappelons qu’elle n’a pas parlé de lien causal mais de lien de risque.

Le Docteur Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, a été invité suite à sa tribune dans Le Monde, datant du 2 mai.

Il a évoqué un nouveau syndrome développemental chez le tout-petit : l’EPEE (exposition précoce et excessive aux écrans). Ce syndrome est marqué par des difficultés d’engagement du regard, des prosodies particulières, peu d’intérêt pour les objets traditionnels, des comportements agressifs, des difficultés de relation avec les pairs…

Ensuite, il a présenté 4 dangers de l’écran :

- Les enfants s’intéressent particulièrement à ce qui intéresse leurs parents, l’enfant est naturellement porté par l’intérêt de l’adulte.

- Quand l’adulte est devant son écran, il est complètement accaparé par celui-ci, ce qui entrave sa disponibilité relationnelle et entraîne donc une désynchronisation interactive du côté de l’adulte.

- L’oeil est puissamment attiré par le mouvement, ce qui capte toute l’attention de l’enfant et l’écran ne permet plus à l’enfant d’être à son rythme et de laisser place à son imaginaire et d’avoir des soupirs cognitifs.

- L'écran induit de graves perturbations de la synchronie interactionnelle : l’écran est néfaste pour l’accordage affectif.

Docteur Jacquin, pédiatre médecin coordinateur de la maison des adolescents de Paris XIXème, a soulevé le fait que les parents tirent la sonnette d’alarme en accusant les écrans des comportements de leurs adolescents.

Cependant dans les faits, l’envahissement des écrans dans nos vies reflète un manque de communication et d’échanges intra-familiaux, source de mal-être chez les adolescents. Les écrans remplaçant les interactions, il convient de remettre au coeur des relations familiales la communication.

Elisabeth Baton-Hervé, docteur en science de l’information et de la communication, nous a présenté les premiers résultats de son enquête « Le quotidien des enfants à l’heure de l’écran numérique: le point de vue de professionnels de l’enfance dans douze régions de France ».

Les propos recueillis auprès des professionnels corroborent les études dont on dispose aujourd’hui.

Une réelle préoccupation existe autour de la marchandisation des programmes et applications destinés aux parents et enfants.

C'est un véritable problème de santé publique avec des impacts au niveau du sommeil, de la communication, du langage, de l’attention et aussi des conduites à risque (déviances…)...

Il y a une inconscience individuelle et collective d’un mésusage des écrans.

Lors de ses formations, elle a travaillé avec des parents et ensemble, ils ont crée une plaquette (Educarennes rubrique parents). (Lien ci-dessous)

Alain Bentolila, linguiste, professeur à l’Université Paris Descartes, a intitulé son intervention "Quand l'écran fait écran".

Il a abordé :

- l'importance de la sémantique, du sens donné dans la lecture, qui n'est pas qu'un acte de déchiffrage grapho-phonologique

- la compréhension de texte

- le sens de la grammaire

- l'écriture

Tout ceci se construit dans une démarche collective et non individuelle, comme nous pouvons l'être face à un écran.

Après une pause déjeuner : place à la table ronde à propos des défis sans écran. Irène Munch, enseignante, a animé celle-ci. 

La première intervenante, Brigitte Jeanvoine, médecin scolaire retraitée et élue municipale à Créteil, nous a présenté un petit reportage mettant en lumière les différents défis relevés dans sa ville et l’implication de divers professionnels (service jeunesse, médiathèque, conseils de quartier…). Ils ont organisé des petits-déjeuners, des soirées jeux de société, des cours de danse, de musique et des temps de lecture.

Christel Manz, enseignante dans les Hautes-Alpes, a exposé l’organisation du Défi dans 16 établissements de la région.

Nous, l'APOH, avons présenté le Défi (presque) sans écran adapté aux cabinets d’orthophonie et avons indiqué que nous allions réaliser des améliorations dans le but d’étudier son impact dans un mémoire d’orthophonie.

Enfin, Murielle Couëslan, directrice des éditions Rageot, nous a parlé du concours d’écriture "10 jours sans écran" auquel ont participé plusieurs classes. L’engouement des élèves a été vecteur d’une créativité débordante !

Après cette table ronde, Jacques Brodeur, créateur du Défi sans écran, nous a expliqué comment il introduit son défi auprès des collégiens. Cela fait 3 ans qu’il intervient en Vendée, à l’initiative du département, pour sensibiliser de nombreux collégiens. Liberté, vérité, solidarité sont ses maîtres mots. Lors de sa conférence, les collégiens, munis d’un papier et d’un crayon, sont amenés à réfléchir à des situations ou citations qui les conduisent à être responsables quant à l’usage des écrans. 

Pour conclure, Joël Hilion, professeur d'anglais retraité, a traité de l'importance de l'empathie nécessaire dans toute situation d'interaction.

Il a rapporté son expérience d'enseignement.

Nous avons également fait la rencontre du directeur artistique de la compagnie Art'Monie, Messaoud Azerou, venu nous parler du spectacle Sans le savoir qui rencontre un large succès auprès du public. En effet, ce spectacle allie théâtre, danse hip hop et slam.

Nous tenons à remercier chaleureusement Jacques Brodeur, Anne Lefèbvre, Irène Munch et tous les autres organisateurs de ce fameux colloque.

Cette journée était riche de rencontres, d'informations et de partages. Grâce aux dynamismes de tous les intervenants et participants, nous sommes emplies d'énergie pour poursuivre le combat de ce véritable fléau de santé publique.

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